L’intelligence artificielle transforme profondément le monde du travail. Les assistants IA rédigent des comptes rendus de réunion, automatisent les tâches répétitives et facilitent la collaboration entre les pairs. Pour autant, derrière ces gains de productivité, une évolution plus discrète est à l’œuvre, toujours menée par l’IA : la surveillance des employés.
Les entreprises ne se contentent plus d’utiliser l’IA pour améliorer les performances de leurs collaborateurs : elles s’en servent aussi pour analyser leur manière de travailler. Horaires de connexion, échanges sur les outils collaboratifs, utilisation des applications ou accès aux fichiers, de nombreuses données sont collectées et analysées par ces outils. Pourtant, la plupart des salariés ignorent encore l’ampleur de cette collecte et la façon dont leurs informations sont exploitées.
L’IA transforme les outils de travail en sources de données
Grâce aux logiciels modernes, les entreprises peuvent collecter un grand nombre d’informations sur l’activité de leurs collaborateurs. Les plateformes de messagerie, les agendas, les espaces de stockage cloud et même les outils de visioconférence produisent de nombreuses métadonnées. Il est possible de suivre la fréquence des échanges, les temps de réponse moyens, la participation aux réunions, les modifications de documents ou encore les habitudes de connexion de chacun.
L’intelligence artificielle aide ensuite à analyser ces données à grande échelle, ce qui permet d’identifier en quelques secondes des tendances, des comportements inhabituels ou des indicateurs de performance jugés clés par certaines entreprises. Aujourd’hui, les algorithmes détectent automatiquement les écarts, les habitudes ou les risques potentiels, sans qu’aucune intervention humaine ne soit nécessaire. Cette tendance à l’adoption massive de l’IA est soulignée par le Baromètre Work Trend 2025 de Microsoft.
Pourquoi les entreprises collectent-elles autant de données ?
Dans la majorité des cas, ces systèmes répondent à des besoins légitimes. Les entreprises doivent protéger leurs données sensibles, prévenir les cyberattaques, respecter leurs obligations réglementaires et détecter d’éventuelles fuites d’informations.
De plus, suite au développement du télétravail, elles peuvent manquer de visibilité sur les activités quotidiennes de leurs collaborateurs. Les outils d’analyse alimentés par l’IA permettent alors de mieux comprendre les flux de travail, d’identifier les blocages ou encore de renforcer la sécurité informatique de l’entreprise, même en cas de travail à distance.
Le problème est que les données collectées dans une optique de cybersécurité sont souvent les mêmes que celles qui permettent d’évaluer l’activité des salariés. Un logiciel capable de détecter un compte compromis peut également mesurer le temps passé sur certaines applications, la fréquence des changements de fenêtre ou les horaires de travail. Associées à l’IA, ces informations peuvent servir à établir des profils comportementaux très détaillés.
Les salariés savent-ils vraiment ce qui est analysé ?
Bien que la plupart des entreprises mentionnent l’existence de dispositifs de surveillance, ces informations ne sont pas toujours suffisamment mises en avant, et les salariés l’ignorent parfois. Bien qu’ils soient conscients que leur ordinateur professionnel est administré par leur employeur, ils ne comprennent pas toujours quelles données sont réellement collectées, ou si elles sont analysées par des systèmes d’intelligence artificielle.
En Europe, le RGPD impose que la collecte de données personnelles soit transparente, proportionnée et limitée à un objectif précis. Les traitements automatisés susceptibles d’avoir un impact sur les salariés doivent également respecter leurs droits.
La protection des employés : cybersécurité et respect de la vie privée au travail
Face à cette réalité, il devient indispensable de redoubler de vigilance face à l’utilisation de l’IA. Les employés doivent également adopter leurs propres solutions de cybersécurité, notamment dans le cas d’utilisation de réseaux Wi-Fi publics. Ces connexions sont souvent moins sécurisées qu’un réseau privé et peuvent exposer certaines données à des tiers malveillants, notamment en cas de mauvaise configuration du réseau ou d’attaque de type man-in-the-middle.
Dans cette situation, l’utilisation d’un VPN personnel sur son propre appareil permet de chiffrer l’activité en ligne de l’utilisateur et de la faire transiter via un serveur VPN. Cela réduit les risques d’interception des données par des personnes connectées au même réseau, même si cela ne masque pas les activités réalisées sur un ordinateur appartenant à l’entreprise ni les données auxquelles l’employeur a légitimement accès. Pour les personnes qui travaillent à distance, il est recommandé de télécharger un VPN efficace afin de sécuriser leurs connexions, quel que soit le réseau utilisé.
Enfin, bien que l’essor de l’intelligence artificielle ne signifie pas que les entreprises espionnent systématiquement leurs employés. Retenons que la quantité de données générées par les outils numériques ne cesse d’augmenter, tout comme la capacité de l’IA à les analyser. Pour les salariés, il devient donc essentiel de comprendre quelles informations sont collectées, dans quel but et quelles protections s’appliquent.






